Un problème de dents peut coûter très cher… sauf, paraît-il, en Hongrie ! Depuis 2004 et l’entrée de ce pays dans l’Union européenne, la Hongrie accueille de plus en plus de Français attirés par les bas tarifs annoncés.
Une de vos résolutions pour la nouvelle année est peut-être de prendre soin de votre dentition ? Et avec des tarifs inférieurs à ceux pratiqués en France, la Hongrie est un sérieux concurrent pour les dentistes français. Mais attention, c’est à vos risques et périls…
Lily, 32 ans, originaire de Toulouse a refait presque la totalité de sa dentition en Hongrie. « Je me suis fait poser 28 prothèses dentaire à Budapest, en mai 2008. Et depuis aucun problème», dit- elle fièrement. Ca faisait déjà un bout de temps que l’idée lui trottait dans la tête. D’autant que Lily a vu ses dents s’abîmer ces dernières années. « J’étais très complexée car j’ai subi une détérioration des dents. Deux grossesses successives ont attaquées l’émail. Il me devenait difficile de sourire. » Pour la jeune femme, s’offrir un nouveau sourire devient très vite une préoccupation de tous les jours. « A 15 ans, j’avais déjà huit couronnes en métal. Je commençais même à avoir des caries sur les incisives… » Impossible de dissimuler sa dentition.
A la recherche du meilleur prix, elle fait établir plusieurs devis auprès de chirurgiens dentistes français. Peine perdue, les montants sont exorbitants. «Je suis allée voir mon dentiste habituel. Mais, je ne l’ai pas trouvé très sympa concernant les tarifs.» Elle enchaine les devis auprès des chirurgiens dentistes. Lily constatera, d’ailleurs, « des différences de prix allant de 150 à 200 euros d’un praticien à l’autre.» Elle ne trouve rien en dessous de 20 000 euros contre 10 000 euros en Hongrie. Des différences de tarifs qui font bondir Karim, 40 ans. Ce banquier, « est opposé au tourisme médical.». Différentes raisons le poussent à adopter ce point de vue bien tranché. « Le maître mot pour moi, c’est le manque de confiance.» Ajoutant que, même si «c’était 70% moins cher qu’en France, je ne pratiquerais pas le tourisme médical ! »
Et justement, avant de passer la frontière , Lily a passé du temps à comparer les prix. Secrétaire médicale et jeune maman, son budget est limité. Déterminée, elle prospecte principalement sur Internet pour organiser son voyage. Ses recherches la mènent vers une agence spécialisée dans le tourisme médical. Et la référence dans ce secteur peu ordinaire, c’est justement la Hongrie. Mais, pas question pour le compagnon de Lily de la laisser partir à l’aveuglette. « Passer par une agence m’a rassuré » dit-il. Fondée, il y a un an et demi, par deux Marseillais, elle a déjà constitué un portefeuille de 70 clients, preuve de l’engouement des Français pour la pratique.. Karim pointe «le manque à gagner que représente le tourisme dentaire pour les médecins français.» Quand on sait que les Européens sont de plus en plus séduits par les soins à l’étranger, la fuite des patients français risque de s’accentuer*. Mais pour Karim, « la question du tourisme médical n’est pas une simple affaire de gros sous. Il n’est pas normal que l’Union européenne laisse pratiquer de telles différences de tarifs, qui devraient être harmonisés.» D’ailleurs pour ce salarié, « on arrive à une Europe à deux vitesses.» Une situation «anormale», lance t-il sur un ton presque agacé. Des considérations qui ont certainement échappées à Lily.
«Je suis allée sur leur site avec une boule au ventre à l’idée de passer à l’action», se souvient- elle. «Quand je les ai rencontrés, cela m’a rassurée. Le fait de voir les photos des chirurgiens hongrois, d’avoir accès leur cv…» Une crainte justifiée. N’oublions pas que la pratique comporte des risques. si votre périple touristique tourne au vinaigre, ne comptez pas sur les autorités françaises pour vous aider. Le gouvernement*, dans un communiqué publié en 2005, s’est dégagé de toute responsabilité en cas de problèmes sur place. Une position qui peut se révéler contraignante en cas de suivi-post opératoire ou pire de complications. Une intervention qui tourne mal ou une hospitalisation en urgence, sachez le, les frais seront à votre charge.
Mais face à des prix si concurrentiels, certains patients oublient de peser le pour et le contre. Pourtant, certaines interventions dentaires comme la pose d’une couronne et surtout un acte chirurgical peuvent requérir un suivi post- opératoire. Difficile quand le praticien est à des milliers de kilomètres…
Or, l’argent n’est pas la seule motivation de ces Français prêts à voyager loin pour se soigner. Le temps est aussi un critère. « En France, mon dentiste m’avait prévenue. Il lui faudrait un an pour poser les 28 prothèses dentaires. Entre le bilan préopératoire, la fabrication du modèle, l’intervention chirurgicale sous anesthésie locale, la fixation des dents artificielles…sans compter le délai d’attente entre chaque consultation ! La rapidité hongroise la convaincra définitivement. «Je suis restée cinq jours en tout et pour tout ! », lance t-elle. Mais quantité ne rime pas toujours avec qualité…
« Arrivée le dimanche soir, le lundi, j’étais sur le fauteuil du dentiste. Le vendredi soir de retour à Marseille.» Une semaine qu’elle aurait volontiers prolongé. «28 prothèses en une semaine, c’est un peu lourd voire douloureux.» Et puis, quand on a des enfants en bas âges, difficile de faire le déplacement en famille. « Mon compagnon est resté avec nos filles. Je suis partie toute seule.» Une expérience qu’elle renouvellera accompagnée, uniquement. «A l’aéroport, j’ai perdu ma valises avec mes habits ! Une fois, dans la clinique dentaire, j’ai passé sept heures sur le fauteuil, la première journée !» Difficile effectivement de se retrouver toute seule à Budapest sans bagage. Les autorités françaises sont, d’ailleurs, très claires sur le sujet : elles ne disposent d’aucun droit de regard sur des soins réalisés à l’étranger.
Pour autant, cela ne suffit pas à achever l’enthousiasme de Lily. D’autant qu’elle a pu bénéficier d’un remboursement de la Sécurité sociale française! « Au moment de mon départ pour Budapest, j’ai demandé une carte de sécu européenne*. Ma mutuelle prend en charge les frais à hauteur de 430%.» Entre le remboursement de l’Assurance maladie et celui de sa mutuelle, Lily ne paiera que 2000 euros de sa poche sur un total de 10000 euros…
Aujourd’hui, les patients français soignés dans l’Union européenne peuvent bénéficier de remboursements des soins sur la base de la grille en vigueur à la Sécurité sociale à condition d’en demander l’autorisation*. Elle peut vous l’être refusée si les soins peuvent être administrés dans le pays d’origine… En effet, il est plus difficile de faire suivre sa dentition dans un autre pays : « J’ai une amie qui a voulu faire de même, mais elle est tombée sur des charlatans non diplômés. De retour en France, sa gencive s’est inflammée et le dentiste hongrois n’était plus joignable, il faisait le mort, elle a du tout refaire en France, en urgence et pour plus cher. On lui a dit qu’elle était tombée sur un boucher ! »
Mais face à la mondialisation de la santé, nos dentistes vont donc devoir s’adapter car le tourisme médical est en pleine croissance. Sans compter qu’en France, les soins dentaires ou la chirurgie esthétique sont mal pris en charge. La santé est devenue un secteur soumis à concurrence et les prix à l’étranger sont attractifs… parfois jusqu’à 85 % inférieurs à ceux pratiqués en Europe de l’Ouest ou aux Etats- Unis*. Une réalité que les autorités européennes tentent d’encadrer. Une directive européenne facilitant le remboursement des soins de santé transfrontaliers a été adoptée par la Commission européenne en 2008*…
*Sondage CSA- Europ Assistance, Baromètre santé Cercle Santé- 27 janvier 2007
*Communiqué conjoint du Ministère de la santé et des solidarités et du Ministère du tourisme du 6 juillet 2005
*Pour obtenir une carte de Sécurité sociale européenne, faites en la demande sur www.ameli.fr
* Pour demander une autorisation de prise en charge par la Sécurité sociale, télécharger le formulaire E112 sur le site www.ameli.fr
*Importing competition, The Economist, 16 août 2008
*http://ec.europa.eu/index_fr.htm
Nadia Moulaï
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